14 nov. 2017

Savoir nommer / Saber nombrar


Nous revenons une fois encore à Alejandra Pizarnik.
Volvemos una vez más a Alejandra Pizarnik.

 
elle se dénude dans le paradis
de sa mémoire
elle ignore le féroce destin
de ses visions
elle a peur de ne savoir nommer
ce qui n'existe pas
(Trad: Colo)

ella se desnuda en el paraíso
de su memoria
ella desconoce el feroz destino
de sus visiones
ella tiene miedo de no saber nombrar
lo que no existe

expliquer avec des mots de ce monde
que de moi sortit un bateau qui m'emporta

(trad:Colo)

explicar con palabras de este mundo
que partió de mí un barco llevándome



Je lisais et traduisais ces courts poèmes quand je me suis demandé si cette difficulté à nommer l’avait poussée à s’exprimer aussi d’une autre façon qu’avec des mots. Et j’ai trouvé ça:
Leía y traducía esos cortos poemas cuando me pregunté si esa dificultad en nombrar le había empujado a expresarse también de otra forma que con palabras. Y encontré esto:

Seul le fragile reste

La cage est devenue oiseau et s'est envolée



Je demande le silence * (détail)

Ce voyage fut une erreur *










33 commentaires:

  1. ça me parle fort, ces peurs-là :-)

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    1. Nommer n'exorcise pas les peurs dans le cas d'A. Pizarnik. Dans sa courte vie (suicidée à 36 ans) elle a pourtant essayé encore et encore, c'est pour cela que je montre ses dessins.

      Nommer rend-il la réalité pus crue? Toutes ces questions qui hantent les humains.

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  2. Merci Colo, pour cette poésie, et pour ton commentaire. La réalité n'est-elle pas la vie ;o)
    je ne connais pas cette poète, je vais de ce pas, essayer de trouver un livre pour la lire. Merci encore, pour ce blog formidable que tu nous fais partager. à bientôt, Claude

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    1. Bonjour Claude, contente de te lire!
      J'ai déjà publié plusieurs billets sur A.Pizarnik, sa vie et ses poèmes. Si tu veux, clique en haut sur Poésie et tu trouveras son nom.
      Merci à toi, tu es fort encourageante. À bientôt, oui, oui.

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  3. Etrange ces vies qui luttent avec l'envie de mort et finissent par céder après trop de questions... Lourd désespoir infini....

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    1. Tout à fait: j'ai lu des écrits d'elle où elle dit que ses parents ont parfaitement réussi son sabotage complet: manque d'amour et d'attention mais aussi, dit-elle, la destruction systématique de sa personne...Lourd désespoir en effet.

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  4. Bonjour chère Colo, je reviens vers toi, après un décès familial, et espère avoir du temps pour te lire dans tes billets précédents aussi.
    Je t'écris dès que possible.
    Tout ceci, au-delà du poétique, donne à réfléchir. Des penchants naturels qui finissent par peser lourd dans la balance de la vie et voilà une artiste qui bascule. Au moins elle aura cherché à s'en sortir, par les mots, par le dessin, pour dire l'indicible: ce poids qu'elle avait en elle et qui occultait ce qui aurait pu être son soleil de vie.Le plus difficile est de lire " este viage fue une error".
    Je t'embrasse , Colo et te souhaite une journée ensoleillée.

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    1. Bonjour Maïté, je suis désolée d'apprendre ce décès, je vous embrasse tous les deux.
      Je ne sais si chez elle c'est un "penchant naturel" ou le résultat d'une enfance/jeunesse "sabotées" par ses parents.
      Tendresses, Maïté.

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  5. Le "sabotage" que tu évoques en commentaire a fini par avoir le dessus ... je ne comprends que trop bien ce qu'elle veut dire ; ses dessins ont un côté angoissant pour certains, un trop plein quelque part. Dommage qu'elle n'ait pas pu saisir des mains qui se sont sans doute tendues plus tard, mais certains êtres sont vraiment trop éprouvés.

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    1. Dépressions et médicaments ont fini par avoir raison d'elle, un vrai naufrage que les mots n'ont pas pu éviter Aifelle.

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  6. Quel billet à la fois beau et bouleversant, chère Colo. J'ai relu tes billets précédents sur cette poétesse (il suffit de cliquer sur son nom dans les libellés ou les tags, c'est le plus simple pour les retrouver).

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    1. Ah, je viens de le découvrir grâce à toi, merci!!

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  7. j'aime encore plus les dessins que les mots je crois, c'est magnifique

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  8. Très beau poème qui parle de lui-même pour dire ce qui n'existe ou peut être seulement indicible, mais les illustrations sont tout simplement magnifiques et impressionnantes. Merci pour assurer les mots en français avec ta magnifique traduction.
    Bise Colo

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    1. Contente que tu apprécies Bizak.
      Bonne soirée automnale.

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  9. Elle a su quand même dire ce qu'elle ressentait, d'une manière ou d'une autre. Ses dessins parlent pour ceux qui savent déchiffrer. Merci pour la découverte et bon après midi.

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    1. Oui, tu as raison, elle a beaucoup dit sa difficulté de vivre.
      Bonne soirée Elisabeth.

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  10. Une belle découverte. Un artiste a besoin, je crois, de tous les modes d'expressions possibles. Merci. A bientôt.

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    1. Je vous encourage à la découvrir plus avant Bonheur.
      Bonne journée.

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  11. Comme "la cage devenue oiseau", elle "s'est envolée", libérée.
    Tristesse pour cette vie trop lourde à porter.

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    1. Dans son cas tu fais bien de parler de libération, trop de souffrances....elle se sentait si proche d'A. Artaud, tu vois?
      À bientôt Fifi

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    2. Oui, que de tourments souvent dans les vies d'artistes. Et c'est probablement cela qui nourrit leur art.
      Belle semaine, Colo !

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  12. Toujours cette implacable intensité dont elle ne se déprendra pas.

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    1. Ce peu de mots je devine qu'il te rejoint, toi qui arrives à dire "concentré".

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  13. Hola ! Toujours un bonheur de lire dans les deux langues. Merci pour cette belle rencontre avec Alejandra Pizarnik, c'est une découverte terrifiante et jouissive. Elle est de l'espèce des absolus et m'évoque Edith Azam https://www.printempsdespoetes.com/index.php?url=poetheque/poetes_fiche.php&cle=897

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    1. Rebonjour Taulière, je ne connais pas Edith Azam, merci, je pars à sa découverte.

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  14. les expressions "dessinées" me parlent :) quelle belle idée

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    1. Une intéressante découverte, c'est certain Niki.

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  15. Oh la, la, la ! Quel triste destin de cette femme, auteure que je découvre.
    Les mots, les dessins, même le silence mais surtout une écoute attentive d'une oreille disponible au bon moment...

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    1. Il y a des maux, des désespoirs si profonds que rien ne semble combler, hélas...

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  16. Tout est terrible ici : photo, poème, dessin. Il semble ne pas y avoir d'issue. Que de batailles, je suppose et que de souffrances.

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    1. Une enfance, des blessures inguérissables oui Annie. Et un talent indéniable aussi.
      Merci pour la visite, bon week-end

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